Rencontre avec Valérie Godard, une sacrée fine lame !

Dans ce numéro, Pssst ! vous invite à la rencontre de Valérie Godard, une technicienne totalement passionnée par son métier de litholamelleuse.

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C’est quoi votre métier ?

C’est un métier peu connu et rare, ils ne sont pas plus d’une cinquantaine en France, mais un métier indispensable pour les géologues ou les volcanologues de son laboratoire Géoscience Paris-Sud.

De leurs voyages aux quatre coins du monde, les géologues rapportent des échantillons de roches. Certains sont minuscules alors que d’autres au contraire pèsent plusieurs kilos. Tous sont précieux parce que l’analyse de leur composition va livrer des secrets aux chercheurs pour comprendre les processus géologiques produits et/ ou enregistrés dans la croûte continentale terrestre et sur les surfaces des planètes telluriques.

Une des techniques d’analyse est la microscopie, mais pour observer ces échantillons au microscope, il faut être capable de fabriquer des lames minces, suffisamment fines pour laisser passer la lumière ! C’est justement le travail de Valérie Godard. Elle nous explique en quoi cela consiste.

Quelles sont les différentes étapes pour arriver à fabriquer une lame mince ?

La 1ère étape de mon travail est celle du sciage. À l’aide d’une scie diamantée je coupe un parallélépipède d’environ 40×20 mm dans les échantillons que me confient les géologues du laboratoire. Pour la deuxième étape, je surface l’échantillon avec un abrasif et de l’eau de manière à faire disparaitre les traces de scie et les rayures. Ensuite je colle l’échantillon de roche obtenu sur une lame de verre de 2 mm d’épaisseur. Enfin, il reste la dernière étape, la plus minutieuse, qui consiste à réduire encore l’épaisseur de l’échantillon jusqu’à 30μm, soit plus fin qu’un cheveu.

Là encore, j’use avec du carbure de silicium et je contrôle l’épaisseur régulièrement au microscope polarisant, tout l’enjeu étant de la réduire progressivement sans que l’ensemble ne se brise, ce qui arrive malheureusement parfois. Il n’y a plus alors qu’à recommencer le travail !

Pourquoi 30 microns précisément ?

Parce qu’à partir de cette épaisseur, l’échantillon étudié au microscope polarisant devient transparent. Chaque groupe de minéraux possède en effet ses propriétés optiques, c’est à dire qu’ils transmettent différemment la lumière et qu’ils produisent des couleurs caractéristiques lorsqu’ils sont observés en lumière polarisée, ce qui permet de les identifier. Le géologue qui m’a confié son échantillon va ainsi pouvoir l’étudier en détail.

Comment vous assurez-vous de la taille de votre échantillon ?

Je contrôle constamment avec un microscope polarisant. C’est la teinte des minéraux qui va me renseigner sur leur épaisseur. J’utilise une échelle de biréfringence. Je sais que le quartz est blanc/gris à 30 microns, tandis que l’olivine prend des teintes vives et que les couleurs pastel dévoilent généralement de la calcite.

Et ensuite ?

Quand l’échantillon est à la bonne épaisseur, je le recouvre avec une fine lamelle de verre. Le chercheur pourra alors utiliser cette lame mince pour analyser la composition minérale, et en tirer des enseignements sur la constitution de la roche et donc de son histoire.

Comment êtes-vous devenue litholamelleuse ?

Complètement par hasard. J’ai fait un BEP de micromécanique, mécanique de précision au lycée Fresnel à Paris. Quand j’ai voulu travailler dans la mécanique de précision, le tournage, fraisage, secteur où il y avait de nombreuses offres d’emploi à l’époque, je me suis vite rendu compte que le fait d’être une femme était un véritable handicap. Du coup, j’ai fait divers métiers, j’ai fait du câblage, j’ai ensuite été cariste. Et puis en 1989 j’ai été en contact avec le litholamelleur de l’époque qui préparait sa retraite et cherchait la personne qui pourrait lui succéder. C’est lui qui m’a formée. J’ai ensuite passé un concours de la fonction publique et je suis devenue technicienne. C’est un métier qui s’apprend sur le tas et pour lequel il n’y a pas de formation spécifique.

Les qualités requises pour exercer le métier de litholamelleur:

  • faire preuve de minutie et de dextérité
  • être persévérant, savoir recommencer jusqu’à ce que le résultat soit parfait
  • savoir faire preuve de patience, aimer le travail bien fait. Ce n’est pas toujours simple parce que mes collègues géologues sont toujours impatients de récupérer leurs lames minces.
  • et bien sûr être bricoleur et ne pas avoir peur de se salir !

« La recherche est un travail d’équipe. »

Qu’est-ce que Valérie Godard aime dans son métier ?

Je suis très heureuse de participer à mon échelle à ces recherches et à ces découvertes. C’est stimulant, enrichissant et aussi parfois émouvant, comme lorsqu’un chercheur m’a rapporté un jour un minuscule échantillon de 3 mm tout au plus, en m’expliquant qu’il était très précieux pour lui, car il avait marché pendant 3 jours et escaladé une montagne pour le récupérer. Bien sûr cela me met un peu la pression mais je suis fière de pouvoir lui fournir une lame de qualité qui va lui permettre de faire ses analyses.

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